Quand L’Eglise s’effondre – Petit itinéraire spirituel pour rester debout

Jacques Benoît Rauscher, frère dominicain et enseignant de théologie morale à l’Université catholique de Lyon, propose dans son livre quelques pistes de réflexions pour redonner espoir à des croyants ébranlés.

Un triste constat de l’Eglise en France

Jacques-Benoît Rauscher dresse d’abord un triste constat de l’Eglise de France : la sécularisation qui sape l’Institution, la disparition de communautés et surtout la crise des abus sexuels.

Quand il écrit son livre, l’Eglise est encore en pleine tourmente, éclaboussée par le scandale des abus sexuels perpétrés en son sein depuis 1950.

La commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Ciase) remet son rapport le 5 octobre 2021. Elaboré à partir d’enquêtes, d’auditions des victimes et d’experts, le rapport fait l’inventaire des cas de violences sexuelles subies par des mineurs de la part de clercs et de religieux, survenus ces soixante-dix dernières années.

Jean-Marc Sauvé remet le rapport de la CIase à Véronique Margron, présidente de la Corref, et Eric de Moulins-Beaufort, président de la CEF, mardi 5 octobre 2021 à Paris. (THOMAS COEX VIA AFP)

On estime à 330 000 le nombre de victimes au sein de l’Eglise catholique dont 216 000 par les clercs et les religieux. Les laïcs ne sont pas en reste car ils sont à l’origine de plus d’un tiers des abus dans l’Eglise catholique.

« La Ciase se prononce clairement sur le caractère systémique des abus. Il y a certes très peu d’institutions – mais il y en a – dans lesquelles un système d’abus a été instauré avec des réseaux de complicité. Elles ont alors fonctionné comme des entreprises criminelles, » précise Jean-Marc Sauvé, président de la Ciase.

Jacques-Benoît Rauscher exprime dans son livre parfois la honte d’appartenir à une telle institution (l’Eglise Catholique) qui a laissé faire mais refuse pour autant de se morfondre dans la désespérance.

Saint-Dominique, modèle de courage et de résilience

Pour l’auteur, les chrétiens sont les pierres vivantes de l’Eglise et il trouve dans la personnalité de Saint-Domique, un exemple auquel se raccrocher.

Comme nous aujourd’hui, Saint-Dominique a vécu les grandes crises de l’Eglise du XIII eme siècle et pourtant il n’a pas baissé les bras. Certaines représentations de Fra Angelico le représente même en train de soutenir les fondations d’une église.

Frère dominicain, l’auteur s’est tout naturellement inspiré du fondateur de son ordre, pour proposer aux chrétiens chamboulés, un itinéraire spirituel « pour rester debout. »

Voici quelques pistes qu’il propose dans son livre :

  • Se taire, face aux fracas des pierres qui tombent, ne pas rajouter du bruit superficiel. Se taire face à l’ampleur du mal, car il n’y a d’abord rien à dire. Et puis « ne soyons pas aussi de ceux qui travestissent la parole, » ajoute-t-il.
  • Nommer le péché, ne pas le cacher. « Dieu souhaite notre salut ; il veut que tous soient rassemblés en Lui. Mais Il nous rappelle aussi l’exigence de son appel. La Vérité qui sauve passe par la considération de la gravité du péché comme par une crainte de ses conséquences, » précise-t-il.
  • Oser la rencontre (ne pas avoir peur de l’autre). L’auteur raconte que Jésus lui-même fuyait les grandes villes pour privilégier les rencontres plus personnelles. « Quand on visite la Terre sainte, on se rend compte que Jésus a souvent fui les grandes villes. Si vous pensez à Jérusalem : Il n’y réside pas volontiers et, une fois ressuscité, Il s’empresse de donner rendez-vous à ses disciples en Galilée. »
Gustave Courbet, La Rencontre, dit aussi Bonjour, Monsieur Courbet, 1854
  • Etre vainqueur du mal par le bien. C’est-à-dire ne pas laisser le Mal nous entraîner dans une démobilisation générale, où l’on céderait au découragement voire au désespoir. Ce que le démon souhaite foncièrement ! Car la contemplation du mal imprime dans notre coeur une terrible léthargie dont il faut absolument sortir par l’action et l’espérance.

4 réflexions sur « Quand L’Eglise s’effondre – Petit itinéraire spirituel pour rester debout »

  1. Bonjour Bénédicte,j’espère que vous allez bien!
    Il faut être lucide,l’état de l’Eglise est catastrophique:
    abus sexuels,collaboration à la tyrannie mondialiste-covidiste,infiltration de la franc-maçonnerie..
    Toutes les civilisations sont fondées sur une religion,la nôtre étant à bout de souffle,comme le furent celles des Romains,des Grecs ou des Egyptiens,l’effondrement me paraît inéluctable.
    Demeurent la foi,la charité,l’espérance à honorer par fidélité à notre tradition,et les lieux de culte et les oeuvres d’art chrétiennes pour nourrir nos âmes en Bien.
    Pour finir,je viens de découvrir Mère Yvonne Aimée,et j’ai été subjugué par cette figure extraordinaire.
    La connaissez-vous,et si oui,pourriez-vous l’évoquer à l’occasion?
    Sur ce,je vous souhaite un bon week-end!
    Bien à vous.
    Philippe

    1. Mon cher Philippe,

      Non l’Eglise ne mourra jamais c’est ce qu’a dit le Christ après il s’agit peut-être du petit reste qui sera resté fidèle à Dieu.
      Oui moi aussi j’aime beaucoup Mère Yvonne-Aimée de Malestroit c’est extraordinaire sa vie. Il me semble qu’elle était au courant, par un ange, lorsqu’une hostie était profanée et elle réparait ensuite le dommage infini causé à Dieu.

      D’accord c’est noté ! Merci beaucoup pour cette suggestion et à très bientôt ❤️

  2. Bonjour Bénédicte on nous parle beaucoup des abus sexuels au sein de l’Eglise de France mais existe-t-il un organisme équivalent de la Ciase pour l’enseignement publique , j’ai été enfant de coeur , élève au collège catholique , puis surveillant d’internat dans ce même collège après le lycée , personnellement je n’ai jamais vu ni entendu parler ne serait-ce même que de gestes ou comportements équivoques , bien sûr quand cela se produit il ne faut pas le nier mais le dénoncer , mais je trouve aussi que les scandales sur le périscolaire en île de France et toutes les affaires dans les orphelinats ou associations pour jeunes en difficultés sont trop vite passées sous silence , l’adage de  » Qui veut tuer son chien dit qu’il a la rage  » correspond bien aux attaques que subit l’Eglise et aussi notre culture en général .

    1. Bonsoir Eric 🙂 Pardonnez-moi ma réponse tardive mais j’ai eu des soucis avec mon site internet.
      Tant mieux si votre expérience a été bonne. Ce que je décris dans cet article est une réalité passée longtemps sous silence mais qui malheureusement existe dans bien d’autres sphères, écoles, familles, sport etc…
      Toutes ces personnes qui ont abusé dans l’église n’ont rien de Dieu ?!
      Comme dirait Jésus dans l’évangile selon Saint Matthieu :

      « Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, alors qu’au-dedans ce sont des loups voraces.

      C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Va-t-on cueillir du raisin sur des épines, ou des figues sur des chardons ? »

      C’est ainsi que tout arbre bon donne de beaux fruits, et que l’arbre qui pourrit donne des fruits mauvais.

      Un arbre bon ne peut pas donner des fruits mauvais, ni un arbre qui pourrit donner de beaux fruits.

      Tout arbre qui ne donne pas de beaux fruits est coupé et jeté au feu. » (Matthieu 7,19)

      À bientôt 🩷

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